© PHOTO BONNAUD GUILLAUME

« N’importe quoi ! »

Églantine a bouclé son troisième marathon, dans la nuit pluvieuse de Bordeaux. Une course surprenante, à tous points de vue. Elle livre anecdotes personnelles et critiques constructives à l’organisation, manifestement pas au niveau. Ce qu’elle ne dira finalement pas, c’est que cette course représente son record sur la distance…

Je n’arrivais pas à me décider pour un nouveau marathon. Le précédent avait été très difficile, j’étais allée au bout mais à quel prix. Le premier avait été aussi facile, court et agréable que le deuxième avait été long et douloureux. Difficile d’effacer ça. Difficile de ne pas redouter cela aussi. Aujourd’hui je suis là après deux mois de préparation, un semi de Paris rassurant (1h52) et  j’ai très envie de courir ce marathon avec un objectif très clair : moins de 4h soit 5’40 du kilo pour un marathon en 3h59’06’’.

L’attente et le départ

Il commence à pleuvoir. On savait tous que cela arriverait mais on espérait tout de même que la météo se trompe et que l’accalmie vienne.  L’accalmie ne viendra pas. C’est même de pire en pire. Nous grimaçons. Nous plaisantons pour dédramatiser, faire retomber la pression. Chacun sait qu’il va falloir faire avec et que cela peut compliquer la tâche. Mon premier marathon nocturne et mon premier marathon sous la pluie.
Côté température je sais que ce sera l’inverse d’un marathon habituel. Je n’aurai pas de plus en plus chaud, bien au contraire. Je vais être mouillée,  il peut y avoir du vent sur les coteaux, sur les bords de la Garonne, je peux avoir froid. La température extérieure baissera avec l’arrivée de la nuit, j’ai préparé ma tenue en tenant compte de tout cela. Je cours toujours en short même l’hiver, pour le haut en revanche je fais attention à protéger mon ventre. Bien au chaud, il se comporte mieux. Je suis prête. Nous sommes prêts. Nos supporters nous disent où ils seront postés : 7, 28, 41. Nous partons pour rejoindre les 17995 autres coureurs annoncés.
Il pleut vraiment très fort. Mes vêtements sont déjà très humides. Le tram est bondé de coureurs et de leurs courageux supporters. L’ambiance y est tropicale : chaude, humide, moite. A la descente du tram j’aperçois les @LapinsRunners, je vais leur souhaiter bonne course. Il me semble qu’ils ont fait le marathon de Paris le we précédent mais comment font-ils ? Il pleut toujours, je suis trempée. Le speaker annonce un départ dans 15mn, nous devons rejoindre notre sas.
Quelle galère !!! Pas de flammes pour indiquer les temps prévus. Pas d’indication pour signaler l’entrée des sas. Le public est agglutiné le long des barrières abrité sous d’innombrables parapluies. Il faut se frayer un passage. Veiller à ne pas se faire éborgner. Nous sommes trois à partir dans le même sas, nous essayons de ne pas nous perdre. Nous parvenons à trouver une entrée, aucune indication, il nous faut demander dans quel sas nous sommes. 4h30. Pas le nôtre. Il faut ressortir et remonter la file de coureurs et la file de parapluies qui nous bouchent la vue. Le speaker annonce un départ dans 10mn. Nous parvenons à trouver une nouvelle entrée, 4h15 ok on s’engouffre. On  avance encore pour rejoindre le ballon 4h que nous apercevons un peu plus loin.
Nous restons sur le bord extérieur mais je peux sentir la moite chaleur humaine qui se dégage des coureurs à ma droite. On ne bouge plus. Je commence à avoir froid. Je sautille, je fais tourner mes chevilles, je secoue mes bras. Deux de mes doigts sont blancs, je les masse pour faire circuler le sang et les réchauffer. Je regarde le public. C’est impressionnant cette foule présente malgré la pluie. Au sol, des mares de couleurs suspectes. Urine ? Boue ? Egouts ? Peut-être un peu tout cela. Beurk.  En tout cas l’espace pour les coureurs en est réduit d’autant. Il va falloir essayer de ne pas trop patauger dedans.

Notes pour les organisateurs : merci d’indiquer clairement l’entrée des sas, merci de veiller à ce que les ballons d’allure soient visibles de loin ou que des flammes soient installées le long des barrières afin que les coureurs sachent vers où se diriger.

Le signal est donné, petit feu d’artifice au-dessus de l’arche, c’est beau !! La clameur s’élève des marathoniens, du public. Je veille à contourner les mares. La 1ère. La 2ème. La 3ème. La 4ème… les deux pieds dedans. Je visualise très bien l’aspect de mes pieds dans 4h. La peau flétrie comme après un bain prolongé et le noir incrusté sous mes ongles. Ça va macérer 4h durant. Je dégouline. Nous sommes tout dégoulinants et nous allons courir un marathon ainsi. Ça avance, nous avançons, tapis, bip, c’est parti.

Le premier semi

Le départ du marathon de Bordeaux a été donné à 20 heures, sous une pluie battante © PHOTO BONNAUD GUILLAUME

Le départ du marathon de Bordeaux a été donné à 20 heures, sous une pluie battante © PHOTO BONNAUD GUILLAUME

Premier kilomètre entre la Garonne et le tram le long des quais. Ce pourrait être très agréable mais la pluie ruisselle de mes cheveux sur mes yeux. Je m’éponge avec mon tour de cou trempé. Nous sommes acclamés. Je manque de me prendre un parapluie dans la tête. Déjà qu’il faut regarder où je mets les pieds car je suis très près des barrières mais en plus il faut que je surveille ce qu’il se passe au niveau de ma tête, ça va être compliqué.  Nous franchissons le pont Chaban-Delmas. Toujours du monde sur le bord de la route. Une super ambiance qui fait oublier les trombes d’eau.
Dès que je bois je perds mon allure. Dès que je regarde le public autour de moi, je perds mon allure. Dès que je regarde le paysage, je perds mon allure. Heureusement Mila est là et veille, elle me rappelle à l’ordre. Elle a raison, elle a mille fois raisons. Sur mon cardio j’ai l’allure moyenne en mn/km. Sur son cardio elle a la vitesse instantanée. Je lui dis que c’est très bien ainsi, nous nous complétons.  Je me sens bien. Aucun signe d’alerte côté mollet, cheville ou tendon. Les repères ne sont pas évidents, le paysage est nouveau, on découvre. La luminosité commence à baisser, on doit se concentrer pour garder l’allure. Au fur et à mesure elle est de plus en plus naturelle, on a bossé pour que ce soit ainsi.  On trouve notre rythme de croisière mais on surveille tout de même : ça monte, ça descend, c’est beau. Il ne faut pas se griller, pas le moment de faire n’importe quoi.
Le Pont de pierre passé nous voilà de nouveau en ville. Certaines rues sont étroites, voire même très étroites. Nous sommes serrés. Il faut veiller à ne pas se bouffer un trottoir, veiller aux plaques d’égouts glissantes, les petits terre-pleins ne sont pas toujours très visibles. Nous veillons l’une sur l’autre. On se signale les éventuels dangers. Nous passons au 7ème, un coucou à nos proches. Ça fait du bien de les voir, hop ils sont sortis de ma tête, je suis de nouveau concentrée sur ma course. Et il faut être concentré sur ce parcours parsemé d’embûches. Il faut regarder où je mets mes pieds, regarder le coureur devant moi et garder un œil sur l’allure moyenne. Bon pour le paysage c’est réglé on ne voit rien. Pas de tout repos ce marathon, je ne risque pas de m’endormir.
Je donne l’allure moyenne, Mila l’allure instantanée. Nous sommes sur 5’39’’, c’est parfait. Nous longeons les vignes. L’allée est caillouteuse, je ne vois pas grand-chose mais je sens de gros cailloux sous mes pas. Je pense que ce sont de gros cailloux calcaires. Il faut faire gaffe aux appuis mais ce n’est pas évident on ne voit rien. « Le marathon à droite, les relais à gauche ! ». Quoi c’est quoi ce bordel ? Ah oui le relais, mais ils font quoi là ? C’est la panique. Les relayeurs ne se voient pas, ils s’appellent. « Sabine t’es là ? » « Oui là » « Où ?» « Là, là ».

Note pour organisateurs : c’est n’importe quoi. Les relayeurs qui étaient à droite se précipitent à gauche, nous coupant la route, idem pour nous. Quelle idée de mettre un relais ici, en pleine obscurité, comme si ce n’était pas déjà suffisamment difficile. Il y a des gens qui gueulent.

Nous nous collons à droite. Vite, sortons de là. On piétine, on marche, c’est embouteillé. « Qu’est-ce que c’est que ces voitures qui nous arrivent à contresens ? » Nous sommes sur un chemin de nouveau très étroit et sur notre droite il y a une route sur laquelle les voitures roulent plutôt vite. Ca crie, ça klaxonne dans les voitures.

Note aux organisateurs : C’est super dangereux ! Sur le côté gauche, je suis rapidement fouettée par une branche. Je mets mon bras devant mon visage pour me protéger des branchages qui dépassent.

Non mais ce n’est pas fini cette plaisanterie !  Stop au ravito. Des gobelets en plastique jonchent le sol, il faut de nouveau veiller à ses pieds. Nous savions qu’il y aurait des gobelets. Nous avions donc décidé de prendre du temps pour remplir nos gourdes. Il y a des gobelets… mais ils sont durs, comment remplir une gourde ? Quelle merde ! On demande à prendre une bouteille. Nous filons avec. Nous trottinons la bouteille à la main et remplissons chacune nos gourdes. Bouteille pas vidée mais direction une poubelle.
Je shoote alors dans un gobelet. Ça fait du bruit, il traverse la file de coureur en travers, pourvu qu’il n’arrive dans les pieds de personne. Pourvu qu’il ne tape dans le mollet ou le tibia de personne.

Note aux organisateurs : C’est bien vos éco-gobelets, mais ils sont dangereux ! Et puis ce n’est pas pratique, pourquoi ne pas avoir mis à disposition de petites bouteilles d’eau ? Certains bénévoles sont au milieu de la route criant « sucre, sucre ».  Il faut donc que je remplisse ma bouteille tout en regardant devant moi pour ne pas me taper un mec avec son paquet de sucre à la main. Hallucinant !!

Nous passons le 15ème en 1h26, parfait !! Je m’aperçois alors qu’il y a au moins 200m d’écart entre ce que m’indique mon cardio et ce qu’indique le panneau kilométrique. C’est quoi ce bordel ? Derrière nous, deux mecs discutent. Ils ont repéré aussi cet écart ils se perdent dans des calculs. Ils disent n’importe quoi, nous sommes sur le bon timing. Nous continuons notre route en nous tenant au courant de notre allure, moi la moyenne, elle l’instantané.
Nous entrons dans le château Pape Clément  par un grand portail c’est splendide. Le château est éclairé, en revanche le parcours euh…. Nous voyons très bien le château, son beau parvis, mais on ne voit pas très bien où on met les pieds. Il y a de gros spots au sol qui éclairent sur environ 20m autour d’eux, entre chaque spot c’est le noir complet. Mes yeux ont du mal à faire le point entre les éblouissements et le noir complet qui se succèdent. Je sens le sol devenir plus gras, plus glissant, on s’enfonce même carrément par endroit. Je lève la tête et vois la file de coureurs qui serpente dans les vignes. Des brassards lumineux nous ont été distribués dans les sas. Il y a une longue file colorée, les coureurs clignotent, C’est maaagnifique !

Note aux organisateurs : descente aux flambeaux » très réussie bravo l’orga !!

Je me concentre sur mes pieds, on ne voit pas grand-chose. Le chemin est étroit, nous sommes serrés. Nous sommes obligés de marcher à certains endroits tellement c’est embouteillé. Nos pieds s’enfoncent d’autant plus dans les flaques très boueuses.

Note aux organisateurs : Ce n’est pas un marathon, c’est un trail ! Il y a des trous, des bosses, des flaques, le terrain est très accidenté et on ne peut pas anticiper grand-chose. Serré comme on est, aucune chance de contourner quoi que ce soit. Il fait nuit noire, les gros spots éblouissent quand on lève la tête. Notre lampe nous aurait bien servie mais les organisateurs avaient assuré que le chemin serait éclairé. Oui c’est éclairé mais on ne voit rien !

Sortie progressive de la course

Dans le froid, l'obscurité et la boue, 8000 marathoniens ont arpenté les coteaux bordelais © PHOTO COTTEREAU FABIEN

Dans l’obscurité et la boue, 8000 marathoniens ont arpenté les coteaux bordelais © PHOTO COTTEREAU FABIEN

Ca rouspète un peu à cause de la boue, des flaques, de l’embouteillage. On perd du temps, beaucoup de temps et il va falloir rattraper. Mais cela ne m’inquiète pas. Nous sommes bien. Nous retrouvons de nouveau le bitume et les maisons. Nous y voyons mieux, les lampadaires nous éclairent la route. Nous courons sur la route, c’est bien plus confortable. Il nous faut ensuite de nouveau éviter un relais. La rue est plus large ça se passe mieux, mais il faut quand même être à l’écoute « Marathon à droite, relais à gauche »

La température est agréable. Nous sommes toujours sur notre allure. Au 28ème Fab court à côté de moi, derrière nous. Il dit « vous courez trop vite les filles, je vous retrouve au 35 ».  Cette remarque me fait sourire. Je n’en ai pas conscience sur le moment mais cette phrase me perturbe. Pourquoi il a dit ça ? Je regarde mon cardio. Non on est dans les temps, c’est parfait. Aucun signe que je suis cramée ou en train de fatiguer. Mais ma tête va continuer de cogiter… Il y a de nouveau du monde. Il se passe quoi là ? Je saurai plus tard que c’est ici que les coureurs du semi nous ont rejoints.

Note aux organisateurs : dans le peloton plus personne ne court à la même allure. Nous sommes doublés à toute vitesse par des mecs slalomant et manquant de nous rentrer dedans. D’autres sont cuits et trottinent voire même marchent la tête baissée.

Nous passons le 30ème en 2h49’59’’ (2h50 prévues). Nous sommes parfaites, à la seconde près. »

Le panneau kilométrique me perturbe encore mais il confirme les presque 200m d’écart constatés tout à l’heure. C’est n’importe quoi cet affichage. Je ne  regarderai plus aucun panneau jusqu’à l’arrivée.
Fab nous rejoint sur le ravito. Il me demande si je veux de l’eau. Je lui réponds que oui, je lui tends ma gourde et lui dit «Mila aussi ». Je continue de courir et appelle Mila. Elle secoue la tête, ne veut pas, s’arrête à la table, je la vois remplir sa gourde. Je l’appelle de nouveau, j’ai peur de la perdre. Je ne comprends pas. Pourquoi elle ne veut pas? Elle me l’expliquera plus tard et c’est elle qui avait raison. Nous avions établi une « stratégie » pour les ravitos qui avait très bien fonctionné jusque-là. On ralentit quand on a besoin, on recharge nos gourdes et on repart pour retrouver l’allure moyenne de 5’40’’. Pourquoi moi je change ? Je ne sais pas et  je n’y pense même pas. Sur le moment je suis contente car je pense que ça sera ça de gagner sur le chrono… C’est l’inverse qui se produira. Ce sont plusieurs petits évènements comme ceux-là qui me feront me déconnecter de ma course. Quelques kilomètres plus loin je perds Mila. Je la rattrape. Je ne la vois plus, je l’appelle. Elle est derrière moi. Je ne comprends pas ce qu’il se passe. Je ne suis plus vraiment dedans.
Nous nous perdrons définitivement vers le 33ème km je pense. Je mange un morceau de pâte de fruits, je bois, je ne sais plus où j’en suis. Nous entrons dans un parc, il fait nuit noire.  Je ralentis, je regarde mon cardio mais je ne sais plus ce que j’y lis. Je constate juste que mon allure moyenne a baissé. C’est normal j’ai fait un lap au 30 et du coup je n’ai plus la moyenne depuis le début mais depuis le 30. Pourquoi j’ai fait ça ? Je ne sais pas. En tout cas ça fout le bordel dans ma tête. Je suis un peu avant le 35ème petit calcul rapide, je suis dans les temps c’est parfait. Mais en fait je ne suis pas très sûre de mon calcul. Et si je me trompais…
Je sors mon téléphone de ma poche arrière et envoie un sms à Fab « plus d’eau viens au 36 ». J’envoie. Merde je me suis trompée, je rectifie, « 35 ». J’envoie. J’en profite pour faire un arrêt pipi. Il fait tout noir dans ce parc, comment ça se fait ? On est pourtant au centre-ville. Et puis j’ai l’impression qu’il y a là de nouveau un relais, certains courent comme des balles.
Le lendemain, je me demande ce qu’il m’a pris. Vraiment ! Je me suis arrêtée pour envoyer un SMS parce que je n’ai plus d’eau alors qu’il y a un ravito pas loin ? N’importe quoi…  Je ne prendrai plus jamais mon téléphone.
Je cogite. Il a bien dit 35 tout à l’heure et je ne le vois pas, je le cherche. Je continue. Je vais le voir au 36, il va me remplir ma gourde et je pourrais finir tranquille. J’arrive au 36, j’envoie de nouveau un SMS pour lui dire où je suis. Ce sera le dernier et heureusement. Aujourd’hui je me demande même si vraiment je n’avais plus d’eau. J’aurais vidé ma gourde en 6km ? J’ai un doute…. Je cours mais je sens que je me traine. Que se passe-t-il ?

J’ai mal quelque part ? Non rien à signaler.
J’en ai marre ? Non c’est super, il y a une ambiance de dingue.
Je me demande ce que je fous là ? Non. Je sors mon Ipod me le colle sur les oreilles.

Inconsciemment je dois sentir que je dois me reconcentrer. Je cours mais je ne suis plus dans mon allure. Je ne pense même plus à regarder mon cardio, mon esprit est ailleurs. Le parcours est de nouveau exigeant dans les petites rues de nouveau étroites. Il faut tourner à droite, à gauche, relancer, monter, sur le trottoir, en descendre, longer les voitures garées sans se cogner, éviter les poteaux, les panneaux, les potelets, les plaques d’égout, pffff…. Heureusement il y a toujours foule pour nous encourager. De plus en plus de gens marchent autour de moi. Je ne pense pas à regarder mon allure mais je devrais. Je double les gens qui marchent alors j’ai l’impression d’avancer mais en fait je me traine. Je slalome pour éviter les rails du tram. J’ai peur de mettre mon pied entre les rails (aucun risque j’ai vérifié le surlendemain). Je slalome pour rejoindre la route non pavée, je déteste les pavés et à Bordeaux ils en ont une sacrée collection. Des larges, des fins, des plats qui glissent, des petits, des ondulés, des rebondis, des creux, des qui dépassent, des gris clairs, des gris foncés, des noirs…
C’est comme au début du marathon, éprouvant de devoir faire attention à tout cela. Je regarde machinalement mon cardio mais je n’y lis rien, juste je fais le geste de regarder. Je ne calcule rien, je cours. La foule est de plus en plus compacte.

L’arrivée

J’entends Fab derrière moi dire « Je l’ai récupérée ». Tiens ça veut dire qu’on arrive ? Je lève la tête. Ah oui je vois l’arche. Il y a de la lumière, beaucoup de lumière, du bruit, de la musique. J’aimerais bien accélérer un peu mais je suis bloquée derrière 4 personnes qui se tiennent la main et prennent leur temps, elles se prennent en photo en courant. J’essaie de doubler à droite, à gauche, je finis par y arriver mais je suis de nouveau bloquée. Bon il reste 200m patience. Je trottine. Je franchis la ligne. Je bip mon cardio. Je m’arrête quelques mètres derrière, « ouille mon tendon », « ouille mon mollet ». Je marche un peu mais c’est comme rouillé. J’envoie un sms à fab «4h09, mal au tendon, mal au mollet, trop de pavés… »
Je suis le flot des coureurs, j’avance, je m’éloigne de la ligne. Au bout d’un moment je me demande quand même jusqu’où je vais marcher alors je m’arrête. Bon ce n’est pas tout mais ‘faut que j’aille chercher ma médaille. C’est où ? Je slalome, en fait je titube plutôt. La foule est compacte. On ne bouge plus. Je regarde par-dessus l’épaule du mec devant moi, on fait la queue pour les médailles, ah cool. Je pose ma tête sur son dos. Il ne bouge pas, je ferme les yeux, je suis bien. Je n’entends même pas la musique qui hurle pourtant à quelques mètres de là. Ça bouge. Ah il faut marcher. Mince ce sont les médailles pour le semi. Ah non je n’en veux pas moi. Je veux la vraie, celle du marathon ! Je me dirige vers un autre bénévole, idem. Il me dit qu’il faut faire le tour. Le tour de quoi ?
Non mais c’est une blague ? J’avance et trouve un autre bénévole, « je cherche une médaille marathon ». « De l’autre côté de la table madame ». « Elle va jusqu’où votre table ? Je ne vois même pas le bout.  Ah non je ne bouge plus ! » Je m’avachis sur la table. Elle demande à sa collègue de l’autre côté de cette large table de lui passer une médaille. Elle me l’enfile autour du coup en me félicitant. « Merci ». Je repars.

Je vais marcher jusqu’où là ? Je commence à grelotter, j’ai froid. Je touche mes vêtements, mes cheveux, je suis trempée, je grelotte, je claque des dents, je commence à trembler. Il doit bien y avoir un truc à boire ou à manger quelque part. Il faut que je boive, il faut que je mange, je le sens. Je regarde devant moi, je ne vois que des coureurs et encore des coureurs. Je renonce. Je ne me sens pas très bien. J’ai très froid. Je sors mon téléphone et appelle mon mari. Je finirai par le retrouver, enfin c’est lui qui me verra car je remonte le fil des coureurs à contre sens. Les 4h suivantes (ndr : Eglantine sera placée sous observation à l’hôpital après la course) n’auraient jamais dû se dérouler comme elles se sont déroulées.

Note aux organisateurs : il aurait été bien de nous distribuer un poncho avec la médaille. Un t-shirt finisher et sec aurait aussi été le bienvenu pour pouvoir se changer et se débarrasser de nos fringues trempées.
Enfin, un ravito final pas trop loin aurait été nécessaire.
Combien avez-vous eu d’intervention des secours pour hypothermie, hypoglycémie et déshydratation ? Les secouristes étaient débordés près de la ligne, des malaises de partout.
Des navettes au cas où c’était pas mal non ? Savez-vous qu’un ami après avoir couru 3h45 a dû marcher 3km pour aller chercher sa voiture laissée au parking parce que le tram ne fonctionnait plus.
Un autre a été laissé dans les vignes, une entorse à la cheville. Personne ne viendra jamais le chercher malgré ce qui lui a été dit. Il finira par rejoindre Bordeaux, comme il pourra, en stop. Inadmissible.
Heureusement que les bordelais sont chaleureux et enthousiastes, que les bénévoles étaient adorables pour nous faire oublier les nombreux couacs.

Pour autant c’était un super marathon, un marathon unique. De ceux qui donnent envie de recommencer encore et encore. Cela aurait été un merveilleux trail.

Mila, le boulot n’est pas terminé mais on a bien avancé, nous formons une très belle équipe  très complémentaire. En route vers le prochain. Je finis en félicitant ceux qui nous ont suivis malgré les intempéries (Antoine, Chloé, Fab, Kali, Lonni, Maxence, Raphaël, Sandrine et Thierry). Désolée de vous avoir inquiétés… Il m’arrive toujours des aventures. Et comme je dis à mon mari, qui a maintenant l’habitude, sans moi et mes aventures, il s’emmerderait.

Notes pour moi : mettre dans un sac des vêtements secs, ne plus jamais prendre son téléphone, se donner rendez-vous quelque part après la course.

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Un commentaire sur “« N’importe quoi ! »

  1. Avec une météo et une organisation comme celles-ci je vous félicite pour votre parcours ! Nous organisons des voyages solidaires à l’international. Notre démarche est simple: courir tous ensemble pour soutenir une association. Avez vous déjà fait des courses solidaires ?

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