New-York, State(s) of mind

Pour pouvoir franchir l'arche d'arrivée à Central Park, Coco est passé par les 5 boroughs, mais aussi par tous les états !

Pour pouvoir franchir l’arche d’arrivée à Central Park, Coco est passé par les 5 boroughs, mais aussi par tous les états !


Coco, s’attaque à son second marathon de New-York en 2007 avec le secret espoir de titiller les 3 heures sur ce parcours ultra-exigeant. Bien préparé, il oubliera pourtant vite ses espoirs. Une sale anecdote et une belle histoire plus loin, entre coups de blues et traits d’humour, il raconte sa plus belle course du monde !

« Heureusement que j’étais parti pour me faire plaisir et attaquer ! J’ai attaqué quelques miles et me suis fais plaisir sur le reste de la course… Explication : la veille on est allé voir les Trials américains à Central Park. Métro pour économiser un peu les cannes. Et là, le mauvais gag ! je mate le plan pendant que ça démarre trop sec, je pars doucement mais sûrement à la renverse, rate une barre pour me rattraper, et m’étale de tout mon long sur le cul et le bas du dos (c’est pas la même chose !) avec impact sur coccyx côté gauche. Là où y’avait mon appareil photo dans le sac à dos.

Chute, gamberge, envie
Douleur vive sur le moment mais rien de grave au premier abord. je marche normalement, et trottine même pour me rendre compte que tout va bien. Le soir, quand même, j’ai le bas du dos douloureux et un peu verrouillé. Je n’en parle pas trop et on plaisante même sur ma gamelle à table avec la bande… Je me couche un peu chafouin. J’espère juste que la nuit sera réparatrice. Elle l’est. Aucune douleur le lendemain matin pour prendre la ligne avec une grosse patate et pas mal d’envie.

A l’attaque…
Marathon-New-YorkGrosse montée du Verrazzano, attaque dans la descente pour passer en 14mn aux 2 miles (7′37 et 6′23). Je suis lancé. Seul souci, mon dos, à cette allure il morfle plus qu’en trottinant sur la moquette de la chambre ! Résultat une barre, gênante mais pas plus, dans les lombaires, pile poil là où je prends mon Fuji la veille. Mais j’avance correctement, même si le trafic sur la remontée de Brooklyn m’oblige à quelques zigzags gourmands en énergie.
Marie m’attend au 8eme mile, dans l’attaque de la montée de Clinton Hill. Au passage, je lui fais un signe de la main genre couci-couça : cannes et coeur au top, dos middle (même si depuis la veille, je lui dis que tout est OK).
Je suis à ce moment, pour 15sec, dans le Pace Nike 2h58 qui prend compte de la dénivelée du parcours. Bref ça tourne… Plus pour très longtemps. A la bascule, un faux plat descendant. Je décide de relancer pour prendre un peu de marge avant les ponts du 13 et 16 miles. L’ambiance est énorme, t’es dans l’Alpe d’Huez, tu ne peux que relancer !

La décharge, les boules, le blues
Décharge électrique dans la fesse droite. Le truc irradie jusque dans l’épaule. Putain mal, putain chié, putain. En dix foulées, ma fesse droite est devenue un bloc électrogène à elle toute seule… Une “boule” se forme quasi instantanément au cœur de la fesse et de la hanche m’obligeant à réduire la foulée. A partir de là… je cherche l’allure qui avance sans électrocuter. A vue de nez, c’est du 10k/h pas réjouissant mais bon, ça s’atténuera peut-être…
Au 10ème mile, je suis doublé par Chauchau et Diniz (quelle brute ce mec, 1,90, taillé en V !). Je tente la relance à leur allure (un gros 13k/h), ça tiens 500m et paf, la fesse gauche qui prend la boule aussi (compensation sans doute). OK, OK, OK… je me calme, il en reste 16, des miles (là je prends un gros coup derrière la carafe), pas le moment de se mettre Off. Va falloir gérer cette douleur, ce rythme qui n’est pas le mien, cette foulée qui ressemble à pas grand chose. Un bon mile de gamberge (pourquoi le métro, pourquoi pas assis, pourquoi, pourquoi ?) mais ça aide pas à avancer, au contraire !

Icy Hot, mon nouveau pote !
Au 10ème mile, les deux fesses chargées de boules de pétanque et le bas du dos secoué de décharges. Pas la joie, surtout quand il reste 16 miles à se fader. Une petite tente à toit rouge tombe à pic pour ma pomme : « Medical Point ». Stop, je fais le point médical. J’explique rapide : « My back, my bottom, pain, massage… « Me proposent de la glace, ces charlots ! je veux du chaud, du détendant et de l’anti douleur ! Icy Hot ? C’est froid mais ça chauffe qu’ils me disent.  Ils ont que ça de toute façon. Va pour Icy Hot sur les deux fesses et les lombaires. « Are you tired ? » me demandent. « Yes, but I’m used to… » Et là, me prennent par le bras, et sortent un gros marqueur rouge pour barrer mon dossard ! Retired ? Retrait ? ça va pas la tête ! Je leur balance le marqueur à la gueule, les cachets par terre et me casse après qu’ils aient quand même noté mon dossard… ça aura son importance par la suite.
Objectif semi. Candidement, je crois que la douleur va passer. Je me prépare à faire le point au semi au milieu du pont passant de Brooklyn au Queen’s. 3 miles to go, c’est pas la mort ! Surtout que le Icy Hot, ça marche du tonnerre ! L’impression d’avoir la taille et les cuisses engourdies, insensibles. Je relance puisque j’ai plus mal, pour un mile entre le 11 et le 12 en 7’35 environ… 1h25 environ au 12ème mile : Pas si mauvais cette histoire. Je reprends espoir, retrouve le sourire, me déporte sur le côté de la route pour entendre encore mieux les « Go Coco, go ! » qui me portent à fond. Ma course est relancée.

Semi au pas, pas le moral
J’arrive avec le pont du semi en visuel, bon rythme, bon tempo, entre 12,5 et 13 à vue de cardio et de cannes. Super confortable, super agréable. Dans 500m le semi, vole mon coco, vole ! Mes pelotes, oui ! Icy Hot, c’est énorme, mais ça ne dure pas. Faux plat + pont me foudroient les reins. Stop immédiat. Peux plus avancer du tout ! Suis bloqué pour de bon en plein milieu du pont. Stretching, étirements, assouplissements (enfin ce que je peux) et voilà que je passe la ligne du Semi, à pied, les mains dans le dos en 1h36 et des brouettes laissant passer des centaines , des milliers de gusses… Et de s’envoler mes espoirs de chrono sympa dans Big Apple.

Je passe sur les bases de 3h12… mais je fais ce 1.1 mile en 11mn et surtout les derniers 400m en une éternité. Je m’appuie à la balustrade du pont. A ce moment là, j’envisage le pire. Moral dans les semelles. Surtout que sur les ponts à NY, t’es seul avec tes bruits de pas et le vent dans la tronche. Larmes, j’avoue. Je pense à ma femme qui m’attendra inquiète au 17ème, à mon gamin… A tout ce qu’il ne faut pas pour essayer de retrouver la « gouache ». Je relève le nez, Manhattan en visuel en face, un peu à gauche. La vache que c’est beau ! Putain que c’est loin !

Passage à vide
J’y retourne, je marche à 3-4k/h. Franchement, je fais un calcul simple. 21 kilos à faire, je marche tout du long, ça me fait 5h environ + mon semi, je passe la ligne en 6h30. Peut-être que je verrais les copains et les copines me doubler… peut-être pas. Est-ce raisonnable ? Je sens que le bassin en entier est limité dans ses mouvements.
Paralysie, moelle épinière, fauteuil, idées noires, j’en ai marre ! Vingt minutes que je gamberge et j’ai pas fait 2 miles ! A la bascule du pont, j’arrive à hauteur d’un « Achilles », les handicapés du NYC marathon, partis deux heures avant nous. Une nana en fauteuil, qui monte à l’envers, à la force de ses jambes atrophiées, encouragées par deux suiveurs. Sur son dossard : « Dewbie ( Doobay) ». Putain, toi ma chérie, t’as des tripes longues comme un marathon. Je fais la descente avec elle, jusqu’à la prochaine tente médicale. By Dewbie, see you.
Re Icy Hot, re massage, re numéro de dossard sur la feuille et au talkie « Forty six, twenty Eight – Icy Hot – He looks good ». Départ en trottin pendant que je ne sens rien. Mon unique but ? L’angle de la 1ere Av et de la 87ème rue après le 17ème mile. 3,5 miles et Marie. J’ai que ça en tête. Lui parler, lui demander si elle veut que je continue ou que j’arrête. Elle décidera si c’est raisonnable ou pas (avec le recul, j’aurais été un bel enculé de lui demander). J’alterne marche et course dans le Queens. Les jambes sont super douloureuses. Les ampoules arrivent de partout. Pas l’habitude d’être lourd comme ça sur mes groles. Heureusement que je fais que 70 kgs ! C’est pas une foulée, c’est une marche rapide dans les entrepôts du Queens, décor pas joyeux-joyeux pour reprendre le moral. Le temps me semble infini jusqu’au Queensboro Bridge. J’avance à rien mais parfois plus vite que certains, partis comme des balles et scotchés à la route. Et les galériens galérèrent…

Queensboro Go coco !
Silence de mort sur le Queensboro bridge, du vent, des pas, du souffle haché. J’ai mal, mais je respire bien. Je ne suis pas crevé comme tous les gars autour de moi. Je suis diminué, point barre. Frais et lucide. Une fois encore c’est bizarre. Je lance un « Alleeez » très rugby. Un français à la dérive me demande ce que je fais là, tout frais mais tout lent. Le déclic dans ma tronche. Au lieu de lui répondre que je galère (ce que je pouvais faire, croyez moi) je lui réponds : « je profite, c’est beau, non ? On fait pas ça tout les jours. Regarde, lève les yeux. Ecoute la clameur au fond qui monte, c’est la foule dans l’épingle à cheveu de la première avenue. Tu vas voir, c’est énorme. » Le mec n’entend rien, ne vois rien, il est en blackout total. Il râle, il gémit, il souffre. Je ne crois pas qu’il aime son marathon de NY. Moi je me promets que si. Méthode Coué.
En bas du Queensboro, les gens sont loin, placés derrière des barrières, hurlant et encourageant tout le monde comme des malades. Je me déporte, m’arrête, marche vers eux, la banane aux lèvres. « I dont hear you, come on ». Je suis en transe. M’apprête à passer cinq heures sur la route, autant que je me fasse des souvenirs. La clameur est démentielle. « Go, Coco, go ! » c’est irréel. Je me prends pour le champion du monde pendant son tour d’honneur. Les gens me touchent les épaules, m’embrassent, me tapent sur la tête. Je me demande si je ne suis pas le premier à m’arrêter, c’est pas possible ! Les flics viennent me dire qu’il faut que je reparte… Si vous voulez les gars. J’ai ma dose de dopant pour arriver jusqu’à ma femme. 1 gros mile à faire, entièrement côté gauche de la 1ere avenue. Au plus près des gens. Les rues défilent lentement mais sûrement. Je sais maintenant que je vais aller au bout. Je me fixe 4h en target. Franchement à ce moment là, c’est super optimiste. Je me dis que les potes en 3h45 et 4h vont me reprendre, qu’il faut que j’ai l’air bien pour pas qu’ils gambergent en me doublant.

L’angoisse du supporter
87ème rue. Marie est là, toute tassée au premier rang, avec son drapeau breton autour du cou. Je lui explique que j’ai mal au dos, mais que ça va, je profite de l’ambiance à fond, j’adore. Elle était inquiète, je le sais. Elle est déçue, elle croyait à une perf possible, moi aussi. J’ai oublié depuis longtemps mes pensées noires d’abandon et de soit-disant raison. Je lui dis qu’on se retrouve comme prévu à l’entrée dans Central Park, entre le 23è et le 24è mile. « Prends ton temps ma chérie, je crois que je vais prendre le mien. C’est trop bon. »
Et c’est reparti. Hollandais, ricains, Italiens, Français tout le monde crie « allez les bleus, allez la France, allez Coco ». je plane à 10k/h. Drôle d’impression. Je ne vois pas passer la première avenue… le chrono si ! La douleur est ma partenaire maintenant. On se connait bien. Dans les montées, les fesses morflent, toutes contractées. Dans les descentes, les lombaires électrisent dès que la foulée s’allonge. Sur le « relativement » plat, ça roule. Une tente rouge, il me faut ma dose de Icy Hot… Troisième stop, la routine. Je m’arrête, je relève mon short et je découvre aux infirmiers médusés mes deux fesses blanches. « Massage, Icy Hot, Quick please. » le short me rentre dans le cul, la crème aussi. Ça fait un bail que j’ai le feu au derrière. Pas grave. Je repars. Le pont vers le Bronx est dur physiquement. L’arrivée dans le Bronx est bonne mentalement. Un mec au micro : « Welcome in the Bronx, marathoners. Do you know what, Coco, the french man is in the House, Go Coco, go. » Toi mon pote, tu sais trouver les mots. Je lambine, je m’étire, je stretche mais j’avance.
Bronx et Harlem et leurs ponts me paraissent interminables, mais je me rapproche de mon but : Central Park et Marie qui m’attend. Le groupe vise le grand chelem (12/12 à l’arrivée) c’est pas moi qui ferai mentir les chiffres cette année, promis juré.

Last stop, nice drop…
Au niveau du Square, en retour sur la 5ème et avant Central park, je m’arrête pour ma dose d’Icy Hot. J’ai pas compté mais ça fait du bien à chaque fois, ça anésthésie. Feuille, numéro de dossard, talkie pendant que je montre mon cul à l’infirmier. « Last Stop » me dit le médecin. Je comprends dernière tente médicale avant l’arrivée. Il s’assoit et prend son marqueur. Veut mon dossard. J’ai fait 5 passages aux tentes médicales. Je crois comprendre que c’est le max autorisé. La prochaine fois, je suis Out of the race ! Massage fini, je me casse… je râle comme un putois. Reste 4 miles à tenir, sans Icy Hot. Je vais douiller grave. Direction le prochain point de ravito. La 5ème est noire de monde, de nanas plus pépettes les unes que les autres, c’est cool. Marie est là à l’entrée de Central Park, rongée par le stress de pas me voir arriver. Je l’embrasse, je suis super frais malgré la douleur de plus en plus générale. Je lui explique que je prends mon pied. Manifestement, elle non.

Central Park, la ligne
NYC-MarathonJe ne sais pas ce qui me prend. Dans la descente du 24ème mile je tente une attaque. Ma galère est finalement beaucoup plus courte que prévue, et je me dis qu’il faut que je termine en beauté. 100m, 200m, 300m je suis à 14km/h, je le sais, je connais. Pas de décharge, pas de fesses bloquées. J’aurais psychoté ? Tu parles. Le coup de bâton dans les reins arrive juste après. Fracassé en deux, je m’arrête contre une barrière. Allez, je finis pépère, ça sert à rien. Trottin en zigzag, d’un groupe de supporteurs à un autre, pendant le reste du parcours. C’est long, je suis lent, ça n’en finit pas… Dernière montée, petite pute pour ceux qui visent un objectif chrono. Saloperie pour moi aussi qui sens mes deux fesses me dirent qu’elles en ont plein le cul. Ça tombe bien les filles. Voilà la ligne, les tribunes. 3h45 au compteur officiel. Moins une quarantaine de secondes pour moi. Un « mauvais »chrono. Un magnifique souvenir. Photos, sac, puce, Marie, potes, Bières, Steackhouse. La routine quoi… »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s