C’est beau une ville qui court

coursereally1__1240243128_4479Ils étaient sur le bord de la route, dimanche. A vous attendre,à  vous espérer. A vous soutenir, vous porter, vous supporter. Entre moments de fête et instants de doute, entre histoires de potes et preuves de respect. Ils ont fait le marathon à travers vous, avec vous. Ils racontent, comme vous courez : avec passion.

Un semi, patron… pour fêter ça !

Ce devait être mon premier marathon V1. Un an après m’être offert en 2012 le jour même de mon dernier anniversaire « senior » un  personal best  sous les 3h30. Bel objectif de ma vie de coureur. Ce marathon pour lequel un ami m’avait accompagné sur le 2e semi, me souhaitant « bon anniversaire », place Dauphine avec mes 3h27 en poche. C’était mon effort, mes jambes, ma perf. Mais c’était son cadeau. Beau parmi les beaux.
Formidable sport collectif
Seulement, un marathon, ça se prépare et ça se respecte. Espérer le passer sur ses acquis, quand on n’a pas trouvé le temps de s’entraîner, après une vilaine grippe, c’est jouer avec le feu. C’est risquer d’être mal pour rien et de se mettre en danger. C’est en m’entrainant beaucoup en groupe, en partageant plein de courses avec des amis, que j’ai appris à comprendre comment ce sport individuel est en fait un formidable sport collectif. On peut faire certaines courses pour soi et d’autres « ensemble ».  Ça ne sera pas mon premier marathon V1. Mais je serai là pour eux.
Inquiétude, réconfort, complicité
On peut avoir autant de plaisir à battre son record qu’à attendre son collègue qui passera la ligne en 4h34.
On peut s’amuser à « panneauter » au km 13 comme un hollandais dans l’Alpe d’Huez et applaudir le premier kilomètre des kenyans en bas des champs.
On peut se rendre fou à chercher ses amis de 30 ans parmi 40 000 coureurs et y croiser du regard son collègue de 3 ans.
On peut s’inquiéter de savoir qu’une amie est mal au 18ème et se réjouir quand on apprend qu’elle a été au bout.
On ne sait pas si dire  « on est chez nous » en passant devant le parc des princes apporte du réconfort ou de l’amusement à son pote, supporter d’enfance du PSG, quand le mur est arrivé… Mais on le dit quand même.
On propose, au dernier ravito, de faire le détour pour aller chercher la petite banane. Car on sait alors qu’au 40ème, se concentrer sur la ligne bleue n’est pas superflu.
Enfin, on comprend que  le plaisir de taper sur l’épaule de son pote Vincent pour l’accueillir au club des finishers est bien le même qu’il y a 25 ans, quand on claquait un but ensemble dans la cours du lycée.
Partager un bout de ligne bleue
C’était mon premier marathon « mi-spectateur, mi-coureur ». Et c’était quand même le pied. C’était mon premier avec mes amis de 30 ans (P…30 ans !) C’était un dimanche d’avril, comme il y a 40 ans…

Mes enfants, parmi les plaisirs de la vie, si un dimanche d’avril 2042 ou 2045 vous partagez un bout de ligne bleue avec vos potes d’enfance, je ne me souhaite que d’avoir encore un dossard sur le coin du paletot. Pour un semi, sur le macadam ou au bord de la route… Peu importe finalement.

Vincent

Sur la route…

Je ne pensais pas avoir ma place ici, dans ces pages. Non par modestie, nullement. Plus par réserve. Le marathon, c’est du passé pour moi. Des années de sacrifice, des semaines de doute, des heures de souffrance. Pour une « minute » d’éternité. Ça a été fait, bien fait. Mais je ne voulais plus imposer ça aux miens.
Mais la vie est marrante. Un an de galère pro, quelques doutes persos…  Et voilà que la course des autres, le marathon d’une amie me redonnent l’envie, me recentrent, me ramènent au bord de cette route que je connais si bien, pour l’avoir déroulée, presque « domptée » 7 fois. Quand je me lève ce dimanche, pour rejoindre le 29e kilomètre du parcours et encourager celle que j’appelle ma « running girl », c’est comme si je rentrais à la maison, parmi les miens. Enfin.
Et là, je découvre pendant quelques minutes, ce que j’ai fait vivre à ma femme pendant des années. Sans comprendre ses réticences, sans forcément entendre ses efforts. L’attente, l’excitation, la crainte, la joie, le stress…
Sur le bord de la route, la montre ne court pas, elle attend. Me voilà donc immobile dans un monde en mouvement, froid dans une étuve, tendu quand tous se relâchent.
Des regards, des foulées
Ce qui frappe, ce sont les regards. La détresse des uns, la volonté des autres. Les yeux pétillants et rieurs de Julia, Elisabeth ou Robin qui commencent leur marathon quand d’autres l’enterrent. Et les cernes, creux et gris de Jean-Baptiste, Olivier ou Véronique qui sortent doucement de leur course, hagards et lourds. Pour longtemps. Ce qui impressionne parfois, ce sont ces rythmes réguliers, ces impacts feutrés qui filent vers la ligne.
Mais ce qui émeut surtout ce sont ces foulées brisées, désarticulées qui reprennent vie un instant, pour quelques pas. Pour un prénom scandé, pour un regard croisé, pour un mot attrapé au vol. « On reste dedans. On ne sort pas de sa course. Ça commence maintenant. » J’ai dû dire cette phrase des centaines de fois en attendant ma « running girl »… qui marchait depuis longtemps.
Petits bouts de plénitude
J’ai fait 13 kilomètres avec vous dimanche, dont 7 avec ma pote (du 35e à la ligne finalement). Et c’est comme si je vous connaissais tous.
Les trois mecs d’Orgères, près de « chez moi » en Bretagne, qui papotent au ravito pour oublier qu’ils en chient.
La fille en rose qui n’en peut plus et pour qui sa copine, trop fraiche, trop légère, n’a pas du tout les mots.
Ce type en détresse qui accroche ma foulée, quelques centaines de mètres. Muet, livide, perdu. Mais fier d’avoir relancé. Il a fini. Je le sais. Je le sens.
Et tous ces autres, qui râlent, qui soufflent, qui chantent, qui rient… Qui avancent encore. Comment peut-on courir un marathon, sans entendre un marathon !

Et puis Dauphine. Le bruit du public, les larmes de ma « passagère », le son de Marc Maury. J’ai couru 13 marathons dont 7 à Paris. J’ai accompagné 4 fois des amis proches, sur les 10-15 derniers kilomètres du marathon de Paris. Je n’ai jamais été aussi heureux, en courant, que sur ces 4 bouts de course- là.

Wally Hedge (@wally_hedge)

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