Paris 2013 : l’histoire d’une course, une course d’histoires

"Soudainement, je commence à avoir mal aux cuisses, je me sens fatigué. Est-ce le mur ? Rien d’insurmontable mais la sensation de bien-être qui ne me quittait pas depuis le départ a disparu." Michaël @laflecheblonde au 33e kilomètre.

« Soudainement, je commence à avoir mal aux cuisses, je me sens fatigué. Est-ce le mur ? Rien d’insurmontable mais la sensation de bien-être qui ne me quittait pas depuis le départ a disparu. » Michaël @laflecheblonde au 33e kilomètre.

Voici les extraits des récits de course de quelques-uns de nos  followers. L’attente, l’euphorie des premiers kilomètres, les premiers doutes. Puis le mur, que certain(e)s ont rasé sans le voir, que d’autres ont percuté, lancés comme des balles. La douleur qui les a accompagné(e)s, compagne docile ou ennemi impitoyable. L’arrivée pour toutes et tous. La joie pour beaucoup, les larmes aussi. La médaille et le partage enfin.

Envoyez-nous vos récits de course et vos photos, nous enrichirons et mettrons à jour cette page au fur à mesure.

Le départ

Une part d’envie, une part d’excitation, une part de peur… A 3 potes dans la voiture, l’atmosphère est détendue. Cela fait du bien. Zéro pression, beaucoup d’envie. Ça sourit, ça rigole, tout le monde est content d’être là, de partager ce moment.
Christophe : 3h51 (record personnel)

« Zone de départ. Pause pipi pour nous les filles. Tiens un parking souterrain c’est pas mal. Deux hommes nous invitent à entrer. On ressort comment ? Ils insistent… C’est un coup à se retrouver enfermées et rater le départ. Voire pire. On tente un resto, puis un hôtel, on se fait refouler. Nous finirons dans une galerie commerçante. Un pot de fleur, c’est parfait. Finalement non. On ne peut pas aller dehors dans ce petit jardin ? C’était pourtant parfait. On finit par trouver un coin plus intime, un peu honteuses. »
Eglantine @sevelea : 4h25

C’est un peu laffolement général, on a l’impression que tout le monde a un train à prendre. Tout le monde cherche lentrée de son sas.
Mila : 4h05 (record personnel)

« Je retrouve dans le sas,  avec bonheur, un camarade d’entraînement. Son 14eme marathon ! Le cinquième à Paris. Tu es admiratif, toi qui va te lancer sur le premier et qui as encore des doutes sur le fait d’aller au bout. Le fameux mur, la blessure, les crampes… Thierry n’a pas pu s’entraîner correctement suite à une blessure. Mais il est là. C’est rassurant. Avec lui, je sais que je ne vais pas m’emballer au départ, qu’il va me freiner si je me grise… C’est parti ! Objectif : 3h30. Une vraie libération ! Mais l’inconnu est devant toi. »
Michaël @laflecheblonde : 3h31 (premier marathon)

Eglantine« 5e kilo Mon cardio est à 88% mais je ne le sais pas. Je commence à avoir ma cuisse gauche qui chauffe. Ça ressemble à des courbatures mais habituellement c’est  plutôt après 2h de course ou une grosse séance de fractionnés. Ça me tracasse. Si je commence à avoir ce genre de douleur maintenant c’est mal barré. J’essaie de ne rien laisser paraître. J’espère que cela va passer. Au 8ème mon cardio est à 91% mais je ne le sais pas non plus… »
Eglantine @sevelea : 4h25

« Depuis le départ les Anglais, surtout les Anglaises, m’encouragent avec des cris stridents ! Et c’est bruyant une anglaise ! Ça m’éclate, me permet de lever les bras, de penser à autre chose qu’à mon rythme de course. On a mis un peu de temps à comprendre : notre maillot de club (Entente Athlétique Cherbourg Querqueville) ressemble beaucoup à celui des athlètes britanniques. Bonne pioche ! Je sais ce qu’ont dû ressentir les Beatles ! »
Michaël @laflecheblonde : 3h31 (1er marathon)

La mi-course

18ème J’ai perdu ma copine, blessée. Déception totale. J’avais imaginé que l’on passerait la ligne d’arrivée ensemble. Je m’inquiète. Mon mari me rejoint en rollers. Je lui demande d’aller la voir pour prendre des nouvelles. Après un arrêt, elle s’est remise à courir. Cette fille est incroyable!
Mila : 4h05 (record personnel)

« Je regarde mes pompes, je serre les dents. J’essaie de maintenir le rythme. Je passe le 15ème en 1h23. C’est de pire en pire. Entre le 16ème et le 20ème mon cardio est à 94%… Je vois mon mari peu après le 20ème je m’écroule sur lui, je fonds en larmes, j’ai mal à la cuisse et à mon ampoule. Je tremble de partout, je pleure tellement. Je lui demande où sont les garçons, je n’entends même pas sa réponse. Je remets ma chaussette, ma chaussure, je serre mon mari dans mes bras, je l’embrasse et  repars en pleurant.  Il est à côté, il me parle mais je n’entends pas. Je ne m’aperçois même pas qu’il fait 1km à mes côtés (il me le rappellera après l’arrivée) avec son sac à dos, sa veste en cuir qui pèse un âne mort et son genou en vrac. »
Eglantine @sevelea : 4h25

Avenue de Gravelle. Côté plaisir, c’est un peu mitigé pour l’instant. Je suis vraiment heureux de partager ce MDP avec mon binôme mais je m’en veux d’avoir mis autant de temps à trouver la bonne cadence. Du coup, je n’ai quasiment pensé qu’à ça pendant près d’1h et ½. Il faut que ça change. Ce n’est pas tous les jours qu’on court le marathon de Paris quand même. Profitons !
Renaud @runo_marathon : 3h16 (record personnel)

« Nous arrivons au ravitaillement des 20 kms. Je sais qu’il y a une difficulté. Je suis surpris de la montée. Je ne l’imaginais pas si « raide ». C’est un peu la cohue pour récupérer une bouteille. Et en quelques secondes, je perds Thierry, je ne le reverrai plus. Quelques centaines de mètres plus tard, j’aperçois au dernier moment ma petite famille. Cela me met en joie. Je passe la première moitié du parcours avec presque deux minutes de retard sur notre objectif final : 1h46’43’’. Cela m’ennuie un peu. »
Michaël @laflecheblonde : 3h31 (1er marathon)

philippe« Nous franchissons le semi-marathon en moins d’1h29, conforme à ce que j’avais prévu. Je suis toujours assez confiant mais terriblement humble devant ce second semi-marathon dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est plus exigeant que le premier. Abordé avec la fatigue accumulée au cours des 21 premiers kilomètres il peut se révéler dévastateur ! »
Philippe @philippealbinet : 3h06 (record personnel)

« Je fonce tête baissée, je pleure, j’essuie mes larmes et je relève la tête. J’aperçois deux têtes. Des amies. Je vois leurs bouches bouger, elles me sourient et me crient un truc. Je n’entends pas. Je ne vois même pas mes enfants qui sont à côté d’elles. C’est tellement dur. Je passe le semi en 2h00. Je n’ai que 4mn de retard sur mon objectif initial (ndr : 3h54). Ce n’est rien, ce n’est pas fini et puis je suis toujours sous les 4h. »
Eglantine @sevelea : 4h25

« Les sensations sont assez bonnes, je vois ma femme et ma fille deux fois, ça donne des ailes. J’essaye de ne pas m’emballer mais je passe au semi en 1h38, je sais que c’est un peu vite. Sauf que les bonnes sensations n’ont pas duré. Dès le 25e km mes jambes sont dures et je n’ai d’autre choix que de réduire mon allure si je veux tout simplement finir… »
Sébastien @sebfraysse : 3h32 (record personnel)

Bastille. Je tape dans les mains de gamins comme si j’étais champion olympique, ça gonfle le moral ! Je dépasse un type qui court pieds nus… Exclamations dans la foule.
Thomas (@ti_tom) : 3h27 (1er marathon)

25ème. Je suis sur mes gardes. Il faut se méfier de l’euphorie. Je suis bien lucide. Le mur approche, je suis vigilante.  J’évite de regarder autour de moi, beaucoup d’abandons. Les sirènes du SMUR, un homme sur une civière… Pas rassurant tout ça.
Mila : 4h05 (record personnel)

 « Régulier jusqu’au 25e kilomètre. En l’espace de quelques minutes, je sens venir une crampe à gauche, puis une autre douleur musculaire à droite, le tout sur fond de léger malaise gastrique ! Je gère la situation tant bien que mal. La suite s’apparente à une longue descente aux enfers. Je cours désormais totalement crispé et moralement touché. »
Raphaël @rafflow : 2h49 (record personnel)

Le moment de vérité

Les masseurs du Trocadéro, tels les sirènes d’Ulysse, nous attirent avec leurs promesses de repos et de soulagement des douleurs. Il y a beaucoup de monde qui succombe à leurs charmes 🙂 Je serre les dents. Je rentre dans l’inconnu, je n’ai jamais couru au-delà de cette distance.
Thomas (@ti_tom) : 3h27 (1er marathon)

« 32e kilomètre : Mon calvaire, c’est le mot consacré, va commencer. Quelques centaines de mètres plus loin, mon cerveau refusera ce dont mes jambes continuaient pourtant à avoir envie : courir. Incapable de trotter, je me retrouve soit à marcher, soit à courir à 13km/h environ. Un phénomène surréaliste qui me surprend totalement. »
Philippe @philippealbinet : 3h06 (record personnel)

photo (1)30-35ème : J’ai des remontées gastriques qui me tordent littéralement les entrailles. Je me fais violence. Mon rythme chute. L’enfer est proche. Je ne peux m’empêcher de vomir. En courant. Mon pote est inquiet. Je le rassure : ça m’a fait du bien. Je me sens d’un coup beaucoup mieux. Et voir ces centaines de concurrents beaucoup plus mal que moi. Marcher, à s’asseoir,  à tirer sur leurs crampes… C’est bon ça. Moi je cours. J’ai presque l’impression de voler.
Christophe : 3h51 (record personnel)

« Le 34e. Mon corps semble me dire que cela commence à bien faire. Je me concentre sur moi, mes sensations. Le fait de voir d’autres coureurs en plus grande difficulté, paradoxalement, me rassure. Je me dis que je ne vais pas si mal que cela. J’espère que les bonnes sensations vont revenir. Bref, je rêve. Du coup, je n’ai aucun souvenir du parcours. Y avait-il quelque chose à voir ? Mon marathon touristique est définitivement terminé. »
Michaël @laflecheblonde : 3h31 (1er marathon)

photo35ème en 3h15. Ma douleur au genou droit réapparaît. Qu’est-ce qu’elle fout là ? C’est vraiment pas le moment !  Elle ne semble pas vouloir en rester là. Ça me stresse !  Je suis toujours dans les temps. Allez 7 kms… De la gnognote! Je décide de marcher. Il sera difficile de repartir. Ne pas abandonner. On m’encourage. Je relance. Mais la douleur est bien là. Je marche de nouveau.
Mila : 4h05 (record personnel)

Oh le ravito du 35eÇa glisse, Il y a des peaux d’orange de partout, et puis là ça colle ! Et merde des pavés. Non mais là ce n’est pas possible, c’est horrible cette douleur. Sur les pavés mon pied ne se pose jamais à plat, ma cheville essaie de compenser.  Je sens de nouveau mon ampoule, chaque foulée, chaque impact au sol est horrible. Jambe gauche, jambe droite. Je souffle, je gémis. J’ai l’impression d’avoir des contractions dans les jambes.  C’est exactement ça des contractions et pas de péridurale, à l’arrache !
Eglantine @sevelea : 4h25

Entre le km35 et le km40, c’est l’enfer qui s’offre à moi. La douleur est insoutenable, mais je suis si près du but. Je pense à ces pancartes que j’ai croisé sur la route « Finishing is your only fucking option » et « Si tu traverses l’enfer, ne t’arrête pas ».
Sébastien @slashisback : 4h37 (1er marathon)

La ligne, la médaille

Raphael« J’oublie un peu le chrono. Dans ces moments-là je le sais, les minutes se perdent à vitesse grand V. Je me fais doubler par un flux continu jusqu’au 40ème. Reboosté par la perspective de finir quand même sous les 2h50, je parviens à relancer légèrement mon allure. Quel soulagement après avoir franchi la ligne ! »
Raphaël @rafflow : 2h49 (record personnel)

« J’ai mangé. J’ai l’impression d’aller plus vite. C’est totalement faux mais ceMichael n’est pas grave. Là, j’y crois. Je vole. 2,195 km! Il ne reste que 2,195km. Tu en as fait 40. T’es un malade ! Je donne tout ce que je peux. Il y a de plus en plus de monde. J’ai des frissons ! Je vais le faire ! Et merde pour les 3h30 !  Quel que soit le temps, cela m’ira ! Je vois l’arrivée ! Je suis submergé par l’émotion, je lève les bras, je hurle, je cours, je cours ! Je suis heureux ! Je suis finisher ! C’est quand le prochain marathon ? »
Michaël @laflecheblonde : 3h31 (1er marathon)

« Bizarrement, mes 7 derniers kilomètres se passent assez bien. Battre mon record n’est pas impossible. Je remets alors les yeux sur le chrono et ne cesse de courir jusqu’au bout pour finir en 3h32, bras levés sur la ligne. Record ! Inespéré compte tenu de ma préparation non rigoureuse. Le moral y est pour beaucoup. Dans tous les cas, je ne veux plus reprendre le départ d’un marathon sans être mieux entrainé. Sachez me le rappeler si je ne m’y tiens pas. »
Sébastien @sebfraysse : 3h32 (record personnel)
Sébastien

IMG_0512C’est l’heure du sprint final. Jamais je n’ai eu de telles jambes à l’approche de la ligne. Les sensations sont exceptionnelles. Je sais que je vais pulvériser mon record en réalisant un négative split. Je me sens porté par le logo de l’ARTC* que j’ai sur la poitrine. Je me dois de me dépasser, de me transcender. En hommage à celle qui m’a tout donné et tout appris.
Renaud @runo_marathon : 3h16 (record personnel)
*Association pour la Recherche sur les Tumeurs Cérébrales

La rue s’élargit, on sort du bois de Boulogne, on arrive Porte Dauphine. J’entends la foule, du coup je pleure de nouveau à chaudes larmes. Il reste quoi 200m ? Non 195 précisément, il y a beaucoup de bruit, le speaker, la foule, j’ai mal… Je franchis la ligne. Je ne l’ai pas fait dignement, je n’ai pas levé les bras, je pleurais.  Je suis envahie de déception, de colère, de douleur, de larmes encore et encore…
Eglantine @sevelea : 4h25

40ème en 3h50. J’alterne course et marche. Mes espoirs de chrono sous les 4 heures s’envolent. Je pense à mon mari. J’espère qu’il ne s’inquiète pas de ne pas me voir. J’arrive. Contente d’être Finisher, mais avec un goût amer. Par pour longtemps : j’ai profité pleinement : les encouragements des spectateurs, la solidarité des coureurs, le sourire de mon mari sur ses rollers. C’était magique et ça prend largement le dessus de ces 7 derniers malheureux kms.
Mila : 4h05 (record personnel)


imageSe dire qu’heureusement que les proches étaient là, que les inconnus du bord de la route qui, en voyant ton prénom sur ton dossard disaient « Allez Sébastien, Allez » alors que tu ne les connaissais pas, ont été un appui monumental. Que les bénévoles et organisateurs ont fait un boulot exceptionnel…
Sébastien @slashisback : 4h37 (1er marathon)


Je l’ai fait. Je l’ai fait ! Chrono… 3h51, 6 minutes de plus que mon objectif.  Mais 7 minutes de mieux qu’il y a 5 mois. On retiendra la progression. Il faut retenir du positif
. Chercher sa famille, ses amis. Leur faire croire que c’était tranquille, qu’il en fallait plus pour me faire douter. Mais ce n’est pas passé loin, quand même !
Christophe : 3h51 (record personnel)

Capturefnac3Avenue Foch, le coup d’adrénaline est dingue. Je vois certains coureurs sprinter dans la dernière ligne droite. Moi j’ai juste envie de profiter. Je franchis la ligne dans un état second, même pas besoin de regarder le chrono, je sais que c’est bon. Aller chercher ce T-Shirt, FINISHER, 3 mois d’efforts pour ramener ce bout de tissu. C’est fini. Je suis Marathonien !
Thomas (@ti_tom) : 3h27 (1er marathon)

 

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4 commentaires sur “Paris 2013 : l’histoire d’une course, une course d’histoires

  1. Pingback: Votre marathon… de Paris 2013 | Votre Marathon

  2. Impressionnant le nombre de 1° marathons finis aux alentours de 3H30…
    Soit le marathon est devenu plus facile, soit les plans d’entrainements sont plus faciles d’accès et mieux compris (et mieux expliqué surtout !!!).

    Quelque soit votre temps bravo à tous.

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