« Se simplifier l’esprit »

Franck, au bivouac, avec son équipe : "on peut être 8 dans une tente, 150 dans une pente, ou 800 sur un bivouac, sans avoir à constamment se taper sur l’épaule. Chacun peut avoir ses moments de tranquillité. D’intimité. Voire de solitude. Chacun le peut car chaque autre en a aussi besoin. Surtout pendant une semaine. "

Franck, au bivouac, avec son équipe : « on peut être 8 dans une tente, 150 dans une pente, ou 800 sur un bivouac, sans avoir à constamment se taper sur l’épaule. Chacun peut avoir ses moments de tranquillité. D’intimité. Voire de solitude. Chacun le peut car chaque autre en a aussi besoin. Surtout pendant une semaine. « 

Les coureurs du 28e marathon des Sables aborderont l’étape mythique de « la longue » (75 kms) suivi d’un marathon (environ 42 kms) mercredi, jeudi puis vendredi. Franck, concurrent en 2007, nous raconte l’aspect mental de ce type d’épreuve, entre solitude et aventure. Morceaux choisis.

VM : La longue d’environ 75 kms, qui arrive en étape 4, comment elle se déroule ?

Franck : « Le principe de la longue, c’est qu’on a deux jours pour la faire. On prend le départ à 9h le quatrième jour et on a environ 36 heures pour la faire. Les deux tiers des concurrents, dorment en plein désert. Soit ils dorment à un check-point, il y a des tentes qui sont là pour ça. Au kilomètre 40 ou au kilomètre 50, ils décident de dormir, en se disant demain matin, je repartirai et puis je ferai les 20 derniers kilomètres tranquille. Et puis il y a ceux qui dorment, dans le désert, entre deux gros cailloux. Ça a un côté un peu bandant, un peu aventurier. On se met à 3 ou 4, on fait un petit peu de feu, on fait chauffer une tambouille et puis on dort.
Et puis l’autre tiers, ce sont ceux qui finissent coûte que coûte et qui décident de rejoindre l’arrivée sans dormir et qui arrivent entre 23 heures et 4 heures du matin. Et là ils dorment et ont une journée de repos le 5e jour. »

VM : Tactiquement, cette étape charnière, on l’aborde comment physiquement ? Il faut être très prudent les 3 étapes précédentes ?

Franck : « Ça dépend de l’objectif de chacun. Si tu ne t’es pas mis d’objectif de classement et que tu t’es juste dit : je finirai… Effectivement dans ce cadre-là, ça ne sert à rien de se faire mal sur les trois premières étapes. Mieux vaut se dire : je vais être énormément sur la réserve, je vais arriver en pleine forme à la longue, là où les mecs qui ont un peu bastonné dans les 3 premières étapes vont arriver à la ramasse et se retrouver dans une situation difficile dès le départ.
C’est vrai que quand tu prends les statistiques de course, c’est sur la longue que le classement se fait. Y’a pas photo. C’est là-dessus que tu gagnes une voire deux heures sur un autre concurrent. Ou que tu les perds d’ailleurs !
Mais je ne pense pas que se « préserver » pour la longue soit une bonne stratégie. Si tu décides de faire soft les trois premières étapes de 30 ou 35 kilomètres, tu vas quand même faire 7 heures d’effort par 45 degrés. Et la violence n’est pas qu’au niveau de l’effort physique ou de l’effort cardiaque, mais surtout au niveau des appuis. Sur le sable et sur la pierre, quand tu n’as pas d’appui, je ne sais pas dire lequel est le pire ! Et puis faire un effort normal, c’est-à-dire arriver à 14 ou 15 heures, c’est avoir le temps de la récup’. »

VM : Mentalement, ça se gère comment ?

Franck : « Evidemment il faut se durcir. Pendant l’entrainement et  la course (c’est vrai pour celle-là comme pour d’autres) visualiser la ligne d’arrivée.
HPIM1678Il faut se voir lever les bras et chialer avec sa médaille autour du cou en faisant la bise à l’organisateur. Moi, cette scène, je l’ai visualisée pendant six mois.
Pour le reste, il faut supprimer toute présence physique extérieure. C’est du stress, de l’émotivité et ça ne crée aucun confort. Sur le MDS, les proches tu peux les voir lors de l’avant dernière étape. T’as tout fait. Tu n’as pas besoin d’eux. Donc il faut supprimer ça de sa tête. Même dans la course avec ton équipe : je ne me vois pas me dire, faut que j’accélère parce que mon pote est devant ou je ralentis un peu parce que mon pote est derrière. Tu peux le faire une demi-heure sur un semi ou un marathon. Mais sur cette épreuve, tu ne peux pas faire ça pendant 6 jours. Faut se renfermer. C’est à faire pour soi. Comme dit Bob Tahri : « dans le désert, se durcir ne suffit pas, il faut se simplifier ».
A tous les niveaux, se simplifier physiquement. Faut simplifier ton sac, ta tenue. Et simplifier ton esprit. Que rien ne te pollue, te parasite. Y’a toi, tes pieds et la dune en face. La gourde est pleine : On y va ! »

VM : Apprendre l’égoïsme, la solitude presque..

Franck : « J’ai été plus seul avec des gens à un mètre de moi assis dans la même tente qu’aujourd’hui sans personne au boulot mais avec le trafic dehors, et les 20 coups de téléphone de ce matin. En dehors de mes sorties d’entraînement, je n’ai jamais été aussi seul que lors de certains moments de cette compétition.
Seul pas uniquement dans la tronche, mais aussi seul dans l’espace. Le 1er mec devant, après une grosse heure de course, est à 200-300m. Sur la ligne d’arrivée, dans les 150-200 premiers de chaque étape, il passe une personne toutes les 20-25secondes. Les files indiennes que vous voyez sur les photos du site officiel sont prises lors des 1ères ascensions de chaque étape, après quelques hectomètres de course. La frugalité volontaire, l’auto-suffisance acceptée, et le manque de confort (relatif) accentuent aussi davantage encore ce sentiment. »

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