« La difficulté du MDS ? Les pieds ! Une vraie injustice… »

Les pistes plates et dures ne représentent qu'un tiers du parcours du MDS. Le reste du temps, sable mou et pierraille : l'enfer pour les pieds.

Les pistes plates et dures ne représentent qu’un tiers du parcours du MDS. Le reste du temps, sable mou et pierraille : l’enfer pour les pieds. (photo (c) MDS)

Pour vous faire une idée du marathon des Sables (MDS), dont la 28e édition a lieu du 7 au 12 avril, nous avons rencontré Franck, ancien marathonien (3h20) et 207e sur les 850 finishers de l’épreuve en 2007. Au-delà de la performance sportive, ce spécialiste de l’ultra nous raconte la difficulté majeure de ce type de course : préserver ses pieds ! Ames sensibles s’abstenir…

VM : On parle du marathon des Sables, mais c’est très différent d’une course sur la plage, dans le sable fin, non ?

Franck : « Effectivement. Le revêtement sur 240 kilomètres, c’est 80 kilomètres de sable, dont 42 kms de dunes (ndr : des montagnes de sable mou). Un autre tiers de pierres, caillasses, un sol un peu lunaire avec la pierre qui roule sous la chaussure, qui te transperce l’ampoule et te fait mal partout. Et enfin un tiers de revêtement plat, dur, genre piste dure, lac asséché. »

VM : On évoque la qualité de la préparation, la résistance à la chaleur, le mental en acier quand on parle MDS… C’est quoi la vraie clé de la réussite sur ce type de course ?

Franck : « Laisse tomber la littérature, la difficulté principale de cette épreuve, ce sont les pieds. Quand tu as les pieds à vif et en sang, tu ne peux même pas marcher. Et quand tu peux pas marcher et que tu dois prendre le départ d’une étape qui fait 75 kilomètres dans le désert (ndr : la « longue » courue après 3 étapes et 100 kms), par 45 degrés au soleil, C’est compliqué, pour pas dire plus !

VM : Donc l’état des pieds, c’est le déterminant principal ?

Franck : « Il y’a une vraie différence physique, et donc psychologique, entre les concurrents qui ont les pieds dévastés,  et les concurrents qui, au bout de 4 ou 5 jours, ont seulement 2 ou 3 ampoules. Les pieds dévastés, ça veut dire que le premier jour, tu as 3 ou 4 ampoules à chaque pied (au talon, entre les orteils, sous le pied).  Le deuxième jour, tu en as six ou sept sur chaque pied… Et le troisième jour tu as des ampoules sous les ampoules…
2399169692_6fd042ed75_mTout ça est percé, tu mets de l’Eosine, tu mets de la Bétadine, tu fais des bains de pieds à l’infirmerie, tu te fais soigner mais ça veut dire mettre les ampoules à vif. Donc tu te retrouves avec les pieds à vif ! Donc tu mets des gaz, tu mets du désinfectant, tu mets du bandage par-dessus. Tes pieds sont naturellement gonflés par la chaleur, puis parce qu’ils sont inflammés. Et en plus tu rajoutes des couches de compresses et d’élasto pour faire tenir tout ça ! Ton pied, c’est une espèce de gros boudin qu’il faut réussir à rentrer dans la godasse. »

VM : On ne peut pas prévenir cela ? Préparer les pieds ?

Franck : «S’il y’avait une technique, ça se saurait et tout le monde l’utiliserait. Sur les blogs, tu vas trouver des mecs qui mettent des produits faits par des podologues à base de citron, de menthe pour durcir, pour tanner… Moi ça ne m’a servi à rien ! Des mecs qui vont mettre du henné pour durcir et assécher. Des mecs vont se badigeonner les pieds avec un produit pour chiens qu’on met sur les coussinets… C’est dire !
En plus, il n’y a pas forcément de logique. Des gens font  les Sables plusieurs fois, avec le même style de godasses : une année ils ont des ampoules, l’année d’après ils en ont pas, l’année suivante re-ampoules… »

VM : Mentalement, ça se vit comment ce type de pépins ?

Franck : « C’est une vraie injustice. J’ai vu dans ma tente une nana le deuxième jour, obligée de se faire retirer un ongle. Quand tu dois encore faire 180 kilomètres avec un ongle en moins, c’est injuste. La course tu ne peux plus l’envisager, l’aborder de la même façon que le mec qui se lève le matin et qui rebondit sur ses deux pieds, parce qu’il n’a pas d’ampoules. Dans ma tente, y’a un coureur qui a eu une ampoule en une semaine. Au final sur la course, il est meilleur forcément ! »

VM : Pour ta part, les pieds pendant le MDS, c’était comment ?

Franck : « Avant l’étape longue (ndr : 75 kms) j’ai mis 10 minutes entre ma tente et la ligne. Y’avait même pas 500m. Je ne pouvais plus marcher. J’ai pris le départ, au pas. Les 10 premiers kilomètres, j’ai marché. C’était du sable, surface difficile, pas d’appuis, le pied qui glisse dans la chaussure, ça montait légèrement… et après j’ai petit à petit réussi à courir. La foulée est revenue et au bout de 5 heures, la douleur a disparu. J’ai fait ma course jusqu’au 60e kilomètre. Après… C’est un autre délire. Je suis doublé par un concurrent non voyant, je prends un coup sur la tête. Je me suis remis à courir, j’ai accéléré… Et je me suis fait doubler par deux mecs qui marchaient. Donc… la difficulté complète (ndr : Franck bouclera la longue en moins de 14h) !

VM : Tu penses que tu aurais dû y aller plus soft sur les trois premières étapes, pour préserver tes pieds ?

Franck : « Mais il n’y a pas de tactique de course, pour éviter les problèmes aux pieds. Se préserver dans les premières étapes, c’est-à-dire courir doucement en prévision de la longue, c’est arrivé tard voire de nuit au bivouac, quand il fait froid (ndr : 3-4 degrés dans le désert). C’est ne pas avoir le temps de se reposer, de faire les soins…  Les gens qui font les Sables en marchant on les voit quand même à l’infirmerie ! Le pied ne subit pas que la « vitesse ».  Il subit la chaleur, la transpiration, il marine dans son jus, il subit le sol. Que tu cours ou que tu marches, dans le sable, le pied il bouge ! Tout le monde prend des chaussures deux pointures au-dessus en prévision de l’étape longue, mais en attendant, quand il n’est pas entièrement meurtri et gonflé, le pied bouge dans la chaussure. Et ça, c’est ampoules assurées ! »

VM : Chaussures souvent trop grandes au départ, puis parfois trop petites sur la longue… Donc c’est insoluble cette histoire ?

Franck : « Faut voir… à la limite, le truc, c’est sans doute de prendre 2 paires de chaussures. Une paire pour les 3 premières étapes, avec une taille, une taille et demi  en plus (ndr : comme pour un marathon classique)  que tu jettes avant la longue. Et une autre paire, avec deux ou trois tailles au-dessus, pour les étapes (longue puis marathon) dans lesquelles ton pied aura gonflé, sera recouvert de compresses et d’élasto et aura donc pris du volume.
Mais faut pas oublier que l’objectif du MDS c’est de trouver le compromis dans ton sac, entre son poids et ton confort. Je vais être simple : il faut supprimer toute notion de confort quand elle génère du poids. Ce n’est pas plus compliqué que ça ! Sauf que quand on parle chaussures, on ne parle pas de confort, on parle de la course : tu es là pour courir. Alors si je dois le refaire, je sacrifierai 400g de plus, sur les 3 premières étapes pour pouvoir attaquer la longue avec une autre paire de godasses adaptées à des pieds meurtris… Et du coup avec un sac plus léger ! »

Retrouvez l’ITW de Franck sur sa préparation d’avant MDS en cliquant ici

Publicités

Un commentaire sur “« La difficulté du MDS ? Les pieds ! Une vraie injustice… »

  1. Pingback: « Monter, descendre les dunes… Faut que ça rentre ! » | Votre Marathon

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s