Paris 2008 : « Un No Négo intense sur 7 kilomètres »

Le marathon de Paris est l'un des plus denses sous les 3 heures. Malgré la difficulté de son parcours plus complexe que Berlin, Rotterdam, Amsterdam ou Chicago. (photo marathon de Amsterdam)

Le marathon de Paris est l’un des plus denses sous les 3 heures. Malgré la difficulté de son parcours plus complexe que Berlin, Rotterdam, Amsterdam ou Chicago. (photo marathon de Amsterdam)

Un de nos contributeurs, Eric, vous raconte son marathon en moins de 3h à Paris. Impressions sur le parcours, perception des temps forts et gestion des temps faibles, lucidité pour appliquer la stratégie sur les 30 premiers kilomètres et volonté de ne rien lâcher sur la fin. Prenez ce que bon vous semble dans ce compte-rendu d’un anonyme parmi 35000 autres.

Après l’analyse (cliquez ici), voici la course, vécue de l’intérieur, avec le récit d’Eric lors de son marathon de Paris, le 6 avril 2008. Entre ressenti et tactique, entre lucidité et anecdotes. Eric a couru avec Max, son ami et son partenaire d’entrainement régulier depuis décembre.
PS : Pour rappel ce marathon empruntait l’ancien parcours.

Le premier semi : maîtrise et mesure

Départ : « sérénité, détente. Pour la première fois je me trouve à ma place. Quand je regarde leurs jambes, leurs muscles… je ne doute pas des miens. Je suis bien, j’ai la musique du tempo dans les guiboles. Cri qui détend, on pose le cerveau et c’est parti. »

0-5k : « Descente au frein à main, concorde à la corde, attentif, détendu. Un pote d’entrainement (Benoit) nous double sur Rivoli. Il va bien, vite (au nez 4′05). On ne le suit pas. Et pourtant, les deux kilos en visuel de Benoit sont faits en 4′04 et 4′02 : Max m’engueule, on calme. »

5-10k : « Max prend le relais et assure le tempo. Premier test pour ma tronche : on repasse là où je « pète » l’année dernière. Ça m’effleure l’esprit. Je compare les sensations : Oppressé, suffoquant, à « pied » en 2007. Dans l’allure, en rythme, à 82% de la FCM en 2008. Je me sens fort, je nous trouve bien. On ne parle pas, mais l’osmose est belle. »

10-15k : « ça commence par un pote après le 10, drapeau au vent : « vous êtes bien, vous êtes beaux ». On ne dit rien, mais j’y pense : c’est vrai que la foulée est bien, les corps bien droits. Aucun signe de faiblesse de Max (ndr : qui sort d’une périostite). »

15-20k : « Première heure de course. Pas une douleur, pas une lassitude, pas le moindre fléchissement. Une certitude : la prépa a été bonne. A-t-elle été suffisante ? A suivre… Quelques relances, une petite côte : un kilo en 4′20. Max reprend les choses en main : 4′04 entre le 17 et le 18. A mon tour de gueuler ! Mon « siamois » mène un train d’enfer. »

20-21,1k : « Je dis à Max sentant le petit vent sur le retour, qu’il faudra qu’on trouve un peloton sur les quais. Il est d’accord et se retourne… je fais pareil : Y’a vingt mecs dans notre foulée, à sucer notre roue ! Nous voilà meneurs d’allure bénévoles. Passage au semi. Montée courte sur les pavés et passage à deux de front dans la foule : L’Alpe D’huez ! Chrono, 1h28′10 à la seconde près ce qu’on a prévu. »

Le second semi : dans le dur au 35e

21.1-25 : « En passant l’arche du semi, je dis à Max : « On a 1′50 d’avance sur les 3h. C’est maintenant ! On construit pierre par pierre. » Gel d’anti oxydant, bouteille d’eau, en route pour Bastille. Laurent Jalabert revient sur nous sur Henri IV. Il nous double, Max l’observe, je lâche un « allez Jaja ». Les mollets du gars sont impressionnants ! Je continue : « Max, on le suit pas, il va accélérer ! » 1h44’31 au 25e

25-30 : « Les quais. Bonne allure, bonne foulée. Le passage le plus “court” mentalement.  On ne les voit pas passer. J’annonce à Max qu’on va monter les « toboggans » (ndr les tunnels et les ponts entre le 26 et le 29e) à la cool. Il m’a avoué après que j’ai monté dur. Il réduit la foulée et met de la fréquence pour me suivre. 1,2, 3 et 4 : les tunnels sont passés. D’un coup, les mollets se sont engorgés. Les cuisses se sont durcies. Les descentes sont exigeantes, les petites montées casse-pattes. Bip au 30e. 21′13 sur le dernier 5000. On continue à engranger des secondes (2 !). » 2h05’46 au 30e

30-35 : « Je m’étais dit la semaine précédente qu’en passant au 32e en 2h15, c’était envisageable. Ça devient… technique. Y’a Mirabeau/Molitor qui arrive. On passe en 2h14 et des pailles au 32e. Place de Barcelone, virage à droite : les mollets sont tendus, les cuisses pulsent. Moment de vérité. Ce kilo sera fait en 4′28 sur un puls bien maintenu.
On file sur Roland-Garros. Le rythme reste bon, mais je sens qu’on a ralenti quand même. Warning ! Le même pote nous reprend au 34. il a moins de mal à nous suivre qu’au 10… Mauvais signe. La douleur est intense. Pour la première fois, No Nego (pour l’article cliquez ici) me vient à l’esprit. » 2h27’30 au 35e

35-40 : « Ce pote nous aide. Il nous donne de l’eau, nous encourage, nous soutient. Et en même temps, il nous perturbe. On est dans un faux rythme, mal synchronisés. Chacune de ces paroles devient bruyante. Je suis à fleur de peau : “Tais-toi, tais-toi”. J’ai dû être convaincant. On lui balance nos gants, nos bouteilles, on gueule, on râle, on exige. Des sales cons, quoi !
Et lui qui nous aide, sans rechigner. Il dit qu’il est fier, qu’on est beau. Je ne suis pas fier, je suis pas beau à voir. Max passe devant. Il est bien : plus droit, plus tonique que moi. Plus puissant. On est au 37e en 2h36’27.
5 bornes encore ! Je dis à Max : “vas-y si tu veux moi je ne peux pas !” Il me dit non ! Ouf. »

On arrive au 38e. « Ça coince, mais ça avance encore. « Allez Eric, Allez Max » derrière nous. On connait cette voix : on vient de doubler Benoit ! Je lâche « Benoit viens, on t’emmène » (ce qu’on peut être con parfois! ). La réponse s’éloigne « J’en peux plus, à vous. » 2h40’53 au 38e

39e : « Gruger dans le virage à la barrière de l’arrière de l’hippodrome (il y a un bénévole devant), j’avoue, ça me passe par la tête. On oublie. Kilo en montée d’après Max, kilo infernal en tout cas sur le moment. J’ai plus la force d’appuyer sur les gels, d’avaler de l’eau. Ça devient critique. Les rares supporteurs annoncent : « C’est moins de trois heures… » Comme si on le savait pas. A notre gauche, une nana se prend les pattes dans un type. Elle s’étale de tout son long, elle hurle. Pauvre fille, désolé… On trace. » 2h45’21 au 39e

40e : « On vient de faire le 5000 en 22′13. Une minute de lâcher en 5 bornes ! La vache… Max est bien. il se retourne. Je comprends qu’il s’inquiète du temps, de la marge qu’il nous reste. Surtout que je suis coincé, scotché. Le moment que choisissent les premiers ballons (drapeaux cette année) rouges pour nous passer devant. Coup de massue. Laurence, la meneur d’allure me dépose. Je sais que Max peut suivre. Il ne le fait pas. Il m’attend. Merci. » 2h49’47 au 40e

41e : « je suis à la limite de l’équilibre de la rupture, de la panne sèche. Il reste la longue ligne droite vers Dauphine. Max est fluide. Je suis heurté. Ça n’en finit pas ! Je supplie Max : « m’abandonne pas » Pathétique. Tout le monde s’encourage. Courage, no Nego. Ce kilo a été fait en … 4′18. Cette info me fait un bien fou à la tête. Mais pas aux jambes. Le bruit de Dauphine ne m’arrive même pas aux oreilles. Je suis out. Cramé, bouilli. » 2h54’04 au 41e

42e et arrivée « Le bas de l’avenue Foch. Un pantin désarticulé. Je regarde vers le chrono 200m plus haut. Le flash de Chicago où l’horloge affichait 3h00′00. Elle affiche 2h58′27. Je sers les poings. Marc Maury, le speaker est sur la droite avec son micro. Je le frôle, je zizague presque, en transe. Max doit le sentir, il se rapproche, me prend la main au niveau des photographes. Pas seulement pour la photo. Il me tracte littéralement de la main droite. Il reste 10 mètres. On passe la ligne dans la même seconde, main dans la main. Je ne peux plus faire un pas. Je m’effondre contre la barrière, à droite. C’est terminé : On se tombe dans les bras : 2h5918. QUE C’EST BON ! »

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Un commentaire sur “Paris 2008 : « Un No Négo intense sur 7 kilomètres »

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